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Lot Note
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COLLATION. L'ordre des poemes pouvant changer d'un tirage a l'autre (cf. Debon, p. 13), voici celui de l'exemplaire Vollard : [1] f. blanc (page de garde), [1] f. de titre avec au dos la justification du tirage, [1] f. avec dedicace a Ambroise Vollard, puis les 21 poemes polygraphies : Loin du pigeonnier ; S.P. ; Reconnaissance ; Visee ; [3 p. vierges] ; Fete ; [1 p. vierge] ; Saillant ; [1 p. vierge] ; Guerre ; Mutation ; Madeleine ; Oracles ; 14 juin 1915 ; Venu de Dieuze ; [1 p. vierge] ; De la batterie de tir ; [1 p. vierge] ; Echelon. ; [3 p. vierges] ; 1915 [verso de la carte postale, collee] ; Carte postale [coin de la carte postale apparaissant dans une fenetre] ; [1 p. vierge] ; Les Saisons ; [1 p. vierge] ; Vers le Sud ; [1 p. vierge] ; Le Servant des Dakar [2 p.] ; [1 p. vierge] ; Toujours ; [1 p. vierge] ; La nuit d'avril 1915 ; [1 p. vierge] ; Justificatif imprime du tirage ; [1 p. vierge] ; [1] f. blanc (page de garde).HISTORIQUE. Meme au front, le militaire reste avant tout poete : c'est devant l'ennemi qu'Apollinaire compose et imprime Case d'Armons.Il polygraphie le 17 juin 1915 la plaquette a la gelatine, aide par ses amis les marechaux des logis Julien Bodard et Rene Berthier, avec le materiel qui sert a l'impression du journal de la 45e batterie, le Tranchman'Echo.Ce procede d'impression n'est pas parfait - variations de l'encrage, nuances de couleurs - et contraint ses camarades a rehausser certains passages pour les rendre plus lisibles. Aucun exemplaire n'est donc absolument identique a l'autre, en particulier la page du collage.Apollinaire envisage d'abord un tirage a 112 exemplaires, puis a 60 (ce sera une vraie rarete, dit-il), dont 5 sur grand papier. En juillet 1915, il lance une souscription pour la publication avec l'intention de verser le produit de la vente aux blesses de la batterie. Apprenant cependant que, meme pour une bonne cause, le commerce aux Armees est interdit, il rappelle les bulletins de souscription et il s'empresse d'envoyer les 25 exemplaires deja imprimes a ses amis et aux quelques souscripteurs. On sait le poete tres soucieux de sauver les quelques exemplaires qui existent ; il s'inquiete notamment de savoir si sa precieuse plaquette est bien parvenue a la Bibliotheque Nationale.En 1918, Case d'Armons sera repris dans le recueil Calligrammes, poemes de la paix et de la guerre. Le titre du recueil vient du nom du compartiment de la voiture-caisson contenant les effets personnels des soldats.TIRAGE. Le tirage est confidentiel : 25 exemplaires, un a moi, un a vous, restent 23 a travers l'univers, ecrira Apollinaire a Madeleine Pages. Jusqu'a present, on ne connaissait l'existence que de 12 des 25 exemplaires : ceux adresses a Ardengo Soffici [n 1], Alberto Magnelli [n 3, a la Bibliotheque Nationale], Madeleine Pages [n 6], Guillaume Apollinaire lui-meme [n 7], Lou [n 14, vendu par Artcurial en 2007], Rene Berthier [n 18], Gabrielle et Francis Picabia [n 19], Andre Level [n 24], Lucien Bodard [n 25, a la Bibliotheque Jacques Doucet], ainsi que 3 autres exemplaires dont la dedicace manque tristement (l'un a la B.N.F. [n 21], celui qui devait etre de l'imprimeur Danel [n 23] et un dans une autre collection privee [n 15]).L'exemplaire d'Ambroise Vollard [n 2] s'ajoute desormais a cette liste tres restreinte des quelques exemplaires qui restent a travers l'univers.APOLLINAIRE DANS LA CAVE VOLLARD. En mai 1896, Vollard avait acquis une galerie rue Laffitte, pres du boulevard Haussmann, dont le sous-sol allait vite devenir le rendez-vous des artistes et du Tout-Paris : le galeriste d'origine creole servait un celebre curry de poulet a la creole a ses amis artistes et ecrivains ainsi qu'a quelques-uns des plus audacieux collectionneurs. Marie Dormoy decrit la cave dans ses Souvenirs : C'est dans son magasin de la rue Laffitte qu'il debuta dans son role d'amphitryon. Au sous-sol etait une piece assez grande, mal aeree, mal eclairee, ou il ne voulait pas entreposer de tableaux parce qu'il ne la trouvait pas assez saine.Il en fit une salle a manger.C'est la qu'il traitait ses invites, qui se nommaient : Cezanne, Renoir, Pissarro, Degas, Monet, Picasso, Odilon Redon, Pierre Bonnard, Le Douanier Rousseau, Rouault et tant d'autres ! Il y avait aussi des ecrivains : Apollinaire et Alfred Jarry. Pierre Bonnard s'inspira de ces diners pour une toile restee celebre [Voir illustration] et dont Vollard se montrait tres fier (p. 150-151). Le marchand a le gout de la farce, et s'amuse a organiser des rencontres impossibles en rassemblant autour de sa table des convives qui ne font pas partie du meme univers : l'abbe Mugnier et une cocotte des Lettres, Paul Leautaud et un ecrivain qu'il a traine dans la boue, etc. Le marchand etait assurement bien plus a l'aise au milieu des artistes et des ecrivains que dans le beau monde, et ces soirees dans la cave ont donne a sa galerie poussiereuse un certain cachet boheme qui a contribue a sa reussite (cat. Musee d'Orsay, p. 32).Apollinaire lui-meme consacre au lieu une de ses chroniques, La Cave de M. Vollard, reprise dans Le Flaneur des deux rives : sa cave fut fameuse de 1900 a 1908, epoque a laquelle il m'annonca qu'il renoncait a manger dans sa cave de la rue Laffitte ; elle etait devenue trop humide. Tout le monde a entendu parler de ce fameux hypogee.Il fut meme de bon ton d'y etre invite pour y dejeuner ou y diner. [...] Carrelee, les murs tout blancs, la cave ressemblait a un petit refectoire monacal (p. 67). Et Apollinaire de citer alors des anecdotes relatives aux diners donnes par le galeriste. Quant a la cuisine, elle y etait simple, mais savoureuse ; mets prepares suivants les principes de la vieille cuisine francaise, encore en vigueur dans les colonies, des plats cuits longtemps, a petit feu, et releves par des assaisonnements exotiques (ibid.).C'est aussi dans la cave de la rue Laffitte que Jarry, Bonnard et Terrasse composerent le Grand almanach illustre, sur une chanson de Vollard lui-meme. Apollinaire conclut : Nombre des anciens convives regretterons ce coin pittoresque de Paris, la voute blanche de cette cave ou, pres des boulevards, on goutait une grande quietude et sans aucun tableau aux murs (p. 69).Sept ans apres ces joyeux repas, Apollinaire se rememore la cave au moment ou il dedicace Case d'Armons a l'amphitryon : la dedicace du fond d'un hypogee situe sur le front ... et qui rappelle un peu la cave de la rue Laffitte etablit une comparaison surprenante entre les tranchees humides et la cave qu'il frequenta avec le Tout-Paris artistique. Sa dedicace semble etre la plus longue et la plus detaillee de toutes celles repertoriees.VOLLARD TEMOIGNE POUR APOLLINAIRE.Une autre circonstance importante est a souligner : lorsqu'il epouse Jacqueline Kolb le 2 mai 1916, Apollinaire a pour temoins un des artistes ainsi qu'un des galeristes les plus importants du moment : Picasso et Vollard.C'est dire l'importance du lien qui unissait le poete au marchand.Exemplaire broche en bonne condition, legere tache d'humidite sur quelques pages.Un des plus beaux que nous connaissions, encore broche, dans l'une des plus desirables des provenances !C'est aujourd'hui une rarete bibliographique qu'on s'arrache a prix d'or (Debon, p. 18).Provenance-Ambroise Vollard, 19 aout 1915 ;- Marie Dormoy, secretaire de Vollard de 1926 a 1939 ;- Collection privee.Bibliographie- Guillaume Apollinaire, La cave de M. Vollard, in OEuvres completes, Balland, p. 67-69.- Claude Debon, Calligrammes, dans tous ses etats. Edition critique du recueil de Guillaume Apollinaire, Calliopees, 2008.- Laurence Campa et Michel Decaudin, Passion Apollinaire. La poesie a perte de vue. Textuel, 2004.- Marie Dormoy, Souvenirs et portraits d'amis, Mercure de France, 1963.- Jean-Paul Morel, C'etait Ambroise Vollard, Fayard, 2007.- De Cezanne a Picasso. Chefs-d'oeuvre de la galerie Vollard. R.M.N./Musee d'Orsay, 2007.
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