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Description
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Charles BAUDELAIRE (1821-1867).L.A. avec poeme, Jeudi [31 decembre 1840], a son demi-frere Alphonse Baudelaire ; 3 pages et quart in-4, adresse (encadree).Precieuse lettre avec un poeme de jeunesse. Charles a manque a la politesse fraternelle en ne remerciant pas plus tot son bon frere et sa soeur de leur magnifique hospitalite a Fontainebleau.Il se rejouit de la coutume du jour de l'an [...] puisqu'elle oblige les gens a se dire de fort tendres choses qu'ils pensent et que la paresse seulement les empechait d'ecrire.Il souhaite donc a Alphonse et sa femme une douce et bonne annee, - tranquille et joyeuse avec vos amis. Puis il avoue, non sans un certain cynisme : Je crois que tu serais assez aise de savoir comment j'emploie mes journees a Paris - depuis que tu m'as renvoye, ici - je n'ai vu ni l'Ecole [de Droit] ni l'avoue - si bien qu'on s'est plaint que j'y allais peu - mais j'ai remis a l'an 1841 une reforme generale dans ma conduite ... Il offre a sa belle-soeur un album de musique illustre de vignettes. Quant a toi qui es mon frere, je ne te fais point d'Etrennes, si ce n'est un Sonnet magnifique que je viens de composer et qui pourra te faire rire. Voila qui s'appelle des Etrennes poetiques ... Suit le poeme, qui presente quelques ratures et corrections : Il est de chastes mots que nous profanons tous ; Les amoureux d'encens font un abus etrange - Je n'en connais pas un qui n'adore quelque ange [...] J'eus, quand j'etais enfant, ma naive folie - Certaine fille aussi mauvaise que jolie - Je l'appelais mon ange - Elle avait cinq galants. Pauvres fous ! nous avons tant soif qu'on nous caresse - Que je voudrais encor tenir quelque drolesse A qui dire : mon ange - entre deux draps bien blancs ... Et Baudelaire d'ajouter avec culot : Voila qui divertira peut-etre ma soeur ...[ Eut-il ecrit : qui pervertira, qu'on eut mieux compris. Sans doute ce sonnet ne lui fut-il pas remis ; ou bien la lettre et le sonnet furent examines comme d'etranges choses qui temoignaient de quelque derangement de l'esprit [...]. Deux elements de vers que nous venons de citer sont remarquables : le ton, qui pourrait etre de Petrus Borel ou de ses amis les plus avances du Petit Cenacle, dix ans plus tot, ce bizarre alliage du sacre et du pire profane ainsi que de la plus desinvolte superiorite. Et le fait que, raffinement d'une exquise politesse, Charles adresse le sonnet a son frere alors qu'il est destine a etre lu par Madame Alphonse, qu'on devine peu portee sur la gaudriole. Baudelaire, car il est deja Baudelaire, utilise a merveille les ressources compliquees de la civilite puerile et honnete, en les inversant. Tout cela s'inscrivant sur le fond de la confidence blennorragique - qu'Alphonse aura faite a Felicite ? De toute maniere, la provocation contenue dans le sonnet n'etait pas de nature a disposer favorablement le magistrat. Cl. Pichois, J. Ziegler, Baudelaire (Julliard, 1987), p. 134.] Bibliotheque du colonel Sickles (IV, 1021).Correspondance, ed. Cl. Pichois, Bibliotheque de la Pleiade , t. I, p. 83.
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