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Description
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Sacha GUITRY. [Ma defense]. Manuscrit autographe signe, Drancy 13 octobre 1944; [1]-29 pages in 8 au crayon.Precieux document: justificatif de sa conduite pendant l'Occupation et reponse aux accusations de collaboration, redige au camp d'internement de Drancy, et remis au commissaire Duez.Dans Soixante jours de prison, Guitry note, le 8 octobre 1944 (au lendemain de la rencontre d'un homme qui, montrant la copie d'une lettre de Guitry a Albert Willemetz, s'ecriait: «Avec ca, on vous tient!»): «j'ai passe ma journee entiere a prendre, a cet egard, des notes. Il n'est peut-etre pas mauvais que je reponde moi-meme a ma lettre!» Le lundi 9 octobre, Guitry est appele par le commissaire Duez: «J'etais alle, par ecrit, au-devant de toutes les questions qui pouvaient m'etre posees et je lui confie les notes manuscrites que j'ai prises hier. Je rectifie la toutes les erreurs volontairement commises par les journaux depuis six semaines - et M. Duez en parait fort impressionne». Le 12, il est a nouveau appele par le commissaire Duez, qui lui annonce qu'il va etre inculpe, et qui a lu ses notes dont il a fait faire une copie dactylographiee qu'il remet a Guitry: «Vous avez la des arguments qui sont irrefutables [...] Vos notes elles-memes, je les garde... et ce n'est pas seulement pour le plaisir d'avoir un autographe de vous, mais je tiens a les conserver parce qu'elles apportent certains eclaircissements necessaires»...Le manuscrit est redige d'une traite, au crayon, avec quelques rares ratures et corrections, pagine de 1 a 29, et signe en fin. Il est precede d'un feuillet avec les initiales S.G., sur lequel Guitry a inscrit ensuite a l'encre bleue cette dedicace au commissaire Duez: «a Monsieur Duez Triste et cordial souvenir Sacha Guitry Drancy 13.10.44».Arrete chez lui le 23 aout au matin par «six hommes armes jusqu'aux dents», mais depourvus de mandat d'amener, Guitry promet de raconter plus tard en detail cette arrestation arbitraire, son sejour au depot et au Vel' d'Hiv', et son arrivee a Drancy ou il est interne depuis six semaines. «Quand je demande ce dont je suis accuse, on me repond: - D'etre un "collaborateur notoire". Quand je demande qui m'en accuse, on me repond: - Tout le monde. Mais quand je demande qui m'a denonce, on me repond: - Personne»... Guitry nie, tour a tour, les chefs d'accusation de «la rumeur publique». 1 D'avoir ete pro-allemand: «Eleve dans la haine de l'Allemagne par mon grand-pere, Rene de Pont-Jest, qui avait fait la guerre de 70, je suis peut-etre le seul auteur dramatique francais qui n'ait jamais eu de pieces representees en Allemagne - et j'en ai fait cent-quatorze - alors que je les cedais volontiers a tous les pays du monde»; et il a toujours refuse d'etre joue en Allemagne... 2D'etre israelite. Et il cite un mot cocasse du Grand Rabbin, a qui il etait alle demander un «certificat d'aryanite»... 3 D'avoir recu chez lui le marechal Goering. «C'est faux. Le marechal Goering m'a fait un jour chercher chez moi par deux officiers allemands armes»... 4 D'avoir expose au foyer du Theatre de la Madeleine le buste d'Hitler: «c'est faux. Il y a dans le foyer du theatre de la Madeleine le buste de mon pere qui, en effet, ressemble un peu a M. Mussolini»... 5 D'avoir ecrit un livre sur l'Allemagne: «Je n'ai fait paraitre pendant l'occupation qu'une plaquette en vers libres qui parle de peinture [Des gouts et des couleurs] et un livre de luxe, intitule De 1429 a 1942. Cet ouvrage raconte cinq cents ans de Gloire Francaise. Il est un cri de foi, d'amour et d'esperance. On ne saurait lui attribuer sans mentir une signification politique». Il contient des ecrits de G. Duhamel, P. Valery, J. Cocteau, etc., et a permis de «verser 4 millions au Secours National». Guitry refute egalement les accusations d'avoir recu des officiers allemands sur la scene ou comme convives, d'avoir ecrit ou inspire les emissions radiophoniques de M. Herold-Paquis («quelle gifle a ma vanite bien connue!»), d'avoir servi la propagande allemande, d'avoir recu le general von Stulpnagel... Quant a la collaboration avec l'ennemi, Guitry souligne qu'il a refuse devant temoins une proposition de 3 millions de la Continental pour tourner un film, ne desirant «travailler qu'avec des francais», et a traite avec Harispuru pour Desiree Clary. Il a ensuite eu des soucis avec la censure allemande, qui a refuse et empeche la representation de deux de ses pieces. Il a subi l'occupation de ses maisons a Versailles, Saint-Tropez et Cap d'Ail... Etc. Il n'y a aucun chef d'accusation contre lui, sinon la rumeur publique...«Collaborateur - c'est bien vite dit. A-t-on l'intention de reunir sous ce vocable damne tous ceux qui, de 40 a 44, manifesterent leur activite professionnelle? Si c'est cela, que tous les auteurs dramatiques representes, que tous les acteurs ayant joue, que tous les ecrivains ayant ecrit, que tous les conferenciers ayant parle, que tous les pretres ayant preche, que tous les danseurs ayant danse, que tous les pianistes, que tous les violonistes soient a Drancy eux-memes. Et je vais plus loin. Que tous ceux qui tenterent en vain de publier leurs ouvrages, de faire representer leurs pieces ou de tourner des films pendant l'occupation soient arretes aussi. Ce n'est pas parce que les Allemands les ont tenus a l'ecart qu'ils doivent etre consideres comme des resistants volontaires. Il ne faut pas que leurs echecs puissent leur conferer le pouvoir aujourd'hui de juger nos actions, de nous deshonorer et de nous maintenir en prison apres avoir ameute contre nous l'opinion publique»... Exercer sa profession sous l'oeil de l'occupant etait au contraire une maniere de resister a l'emprise etrangere: il cite a ce propos un quatrain que Maurice Donnay lui adressa le lendemain de la premiere de Vive l'Empereur. Ayant eu le courage d'exercer sa profession, «j'ai cree un climat a la faveur duquel d'autres se sont fait jouer - et non des moindres: Paul Claudel, Edouard Bourdet, Jean Cocteau, Jean Anouilh»... Or puisque aucun d'entre eux n'est aujourd'hui incarcere, il deduit que «c'est plutot quarante annees de reussite et de bonheur qu'on ne me pardonne pas»... Et d'ailleurs on lui en veut surtout du bien qu'il a fait: 22 representations de bienfaisance, 9 galas, 10 millions de secours verses... Quant a avoir «vu des Allemands», il le reconnait volontiers, car il avait fallu solliciter, en tant que President de l'Union des Arts, l'autorisation de rouvrir les theatres; puis, sollicite lui-meme a son tour, il intervint pour faire liberer ou adoucir la detention de compatriotes tels que le fils de Georges Clemenceau, Mme Henri Matisse, le fils d'Huguette Duflos, le fils d'Albert Willemetz, Pierre Masse, etc. Il indique les noms de plusieurs personnalites qui peuvent servir de temoins de son devouement, dont Mgr Suhard, archeveque de Paris... «Que l'on questionne Jean Cocteau et Louis Beydts au sujet de mes interventions tant pour Marcel Lattes, Jean Wiener, Reynaldo Hahn, que pour Fernand Ochse et Max Jacob. Que l'on questionne Madame la Marechale Joffre a qui j'ai fait rendre apres huit jours de demarches sa maison de Louveciennes ou repose le corps du Marechal et que les Allemands, helas! occupaient. Pour me prouver sa reconnaissance la Marechale m'offrit la medaille militaire et le fanion du vainqueur de la Marne. Que l'on questionne enfin Tristan Bernard qui grace a moi, grace a moi seul, n'est reste que trois jours a Drancy parce que je me suis offert a y prendre sa place. Cette place, je l'occupe aujourd'hui - mais bien contre mon gre!»On joint: la copie dactylographiee faite par le commissaire Duez (9p. in 4); une dactylographie etablie par la secretaire de Guitry, intitulee Ma Defense (21p. in 4), et signee 2 fois au crayon, version un peu differente et augmentee, notamment d'un post-scriptum date: «Prisons de Fresnes, le 20 octobre 1944», revelant la decouverte d'un dossier du bureau de Propagande et Censure allemandes concernant sa piece Le Dernier Troubadour, refusee par le Lieutenant Luckt car elle «serait un veritable regal pour les Gaullistes».
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