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Description
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Louis-Ferdinand CELINE Correspondance au Docteur Gentil Exceptionnelle correspondance inedite et inconnues au Docteur Gentil 1939 a 1948, 36 lettres et pieces a.s. (3 signees par pseudo, 3 non signees, 2 signees par Celine et Lucette, 1 signee seulement par Lucette), un total de 116 p., la plupart gr. in-4, d'autres de formats divers, certaines avec enveloppes (Paris, Copenhague, Korsor, Nice). Une carte postale a.s. - 8 L.A.S. de Lucette, soit 42 p. ; - 1 photographie de Celine ; - 1 L.A.S. de Marie Carnavaggia, 1 L.A.S. de Mme Donas, et 3 telegrammes signes Johansen. - Plusieurs coupures de journal, dont l'une parue dans le journal Politiken, annotee par Celine et jointe a une lettre. Le Dr. Alexandre Gentil, medecin militaire, est une des figures proche de l'entourage de Celine et de Lucette particulierement meconnue. Ils se rencontrent au Val-de-Grace en 1914, puis au Mont-Valerien. Fortement marque par la boucherie de 14-18, comme Celine, il revient eceure et tres critique. En 1933, Celine le recommande a son ami Charles Bonabel, chirurgien a Beaujon. Sous l'Occupation, Gentil est membre du Cercle europeen, comme le fut brievement Celine. Il heberge des collaborateurs, certains envoyes par Celine. Gentil est l'un des premiers correspondants de Celine lorsqu'il est en prison. En 1945, celui-ci lui recommande sa secretaire, Marie Canavaggia. Gentil est directeur et proprietaire de la Clinique et Maison de Sante de Nogent-sur-Marne, specialisee dans le traitement de la thyroide. Ils ont de nombreux amis communs : Gen Paul, Le Vigan, Jo Varenne... et leurs confreres les docteurs Clement Camus et Auguste Becard. Leur correspondance, restee inedite depuis toutes ces annees, est essentielle pour la comprehension des annees noires de Celine, sa fuite et son exil. Epinglons quelques lettres de cette importante correspondance : - En septembre 1939, Celine vit chez sa mere rue Marsollier, dans le quartier de l'Opera. Sans emploi, il va tenter d'entrer comme medecin a l'Opera Comique grace a l'appui du Dr. Gentil. Les lettres sont violemment antisemites, Celine repete l'image du juif prenant la place du francais... Et puis la franc-maconnerie. Dans ses premieres lettres au Dr. Gentil, il ne cache pas son opinion, dit les choses telles qu'il les pense, alors qu'ensuite il s'exposera moins. Ses lettres ne sont cependant pas depourvues de son humour habituel : "Je suis pourri d'ambitions. On me dit qu'il n'y a pas de medecin a l'opera, est-ce exact ? Qu'ils sont tous partis plus ou moins en zone libre... Pour raisons juives... Ces-bruits-m'affriolent...". "Pour l'O.C. [Opera Comique] je me suis explique de travers. Je serai bien entendu infiniment flatte d'etre de l'O.C. Mais tu sais le chant, moi... Je ne suis pas initie. Tandis que je suis feru, ravage par la danse. Alors puisqu'il s'agit de mirages ! Je prefererais l'opera. C'est dans ce sens que je t'ecrivais. Et pour que simplement tu taches de savoir par 'ceux' de l'opera s'ils ont des disponibilites eventuelles - lointaines... Vaguement possibles... A moins que la chose soit simplement comme je le soupconne tout bonnement reservee aux juifs et aux internes. Dans ce cas il faudrait que je me dispose encore a provoquer l'emeute. C'est bien mon souci..." - Saint-Malo, s.d. Lettre decrivant Saint-Malo, ville assiegee, meurtrie, mais ou transparait l'intense amitie de Celine : "Dans cet univers de fou, Saint-Malo n'est pas epargne tu t'en doutes ! Ils ne savent plus si ils nous chassent nous rasent nous brulent nous assassinent nous font crever de fin, d'enculage ou de faim ! Enfin on rentrera au debut de mars. Heureusement il fait beau, glorieux, mirifique ! [...] On peut mettre tous les plaisirs de vivre sur la grosseur d'une tete d'epingle ! Celui de rencontrer et de te connaitre tient deja de l'extravagance! Ici rien trouve d'azote, d'hydrate ou de glycerine. Rien. Ils sont memes parvenus a boucher la mer. Plus un poisson ! Tout est defendu ! S'enculent ils au moins ?" - Carte postale, s.d., vue de Saint-Malo : "Te voici aux grandes recoltes certainement ! Pendant que nous folatrons au bord des oceans. Nous irons te voir dans ta Theleme !". - 1944. Preuve indeniable des liens importants qui reliaient les deux personnages, le Dr. Gentil est l'une des rares personnes que Celine averti de son depart en juin 1944. Lettre du 15 juin 1944 : "Mon bien cher vieux, il a fallu d'une facon pressante partir a la campagne ! Bien chagrines tous les deux de ne t'avoir pas vu avant le depart ! Mais je n'osais pas telephoner, j'espere que ce ne sera pas long." Ce voyage durera sept ans et produira trois livres. Nous apprenons qu'a sa demande et a mots couverts, le Dr. Gentil "recevra" - il faudrait lire "mettra a l'abri" -, Gen Paul et Le Vigan. - A Copenhague, Gentil sera l'un des premiers correspondants de Celine et Lucette. Dans la lettre du 2 aout [1945], il est oblige de changer d'adresse postale et prend le pseudonyme de Courtial (personnage de Mort a Credit), a l'adresse du maitre de ballet Bartholin... Il se plaint de sa maladie, de son impossibilite de voyager et de sa solitude, du froid... Il est tragiquement prophetique sur la duree de son exil... :"Comme je voudrais etre la-bas avec vous ! Ici l'isolement intellectuel est total. Helas je suis encore trop malade pour pouvoir remuer - et surtout voyager... Peux-tu nous donner par lettre la temperature de l'epoque et de "la ville" Nous ne recevons pas un journal francais ! Je suis condamne au Times... 6 ans, 3 ans, 7 ? Bien affectueusement. Henri Courtial". - Le 4 septembre 1945, ne recevant aucune reponse, il demande a Gentil de modifier l'adresse : "un certain imbroglio de lettres me fait pense qu'a Courtial il y a un peu de mystere et que l'on m'a fait sauter du courrier". Il donne donc le nom de jeune fille de Lucette, Almanzor : "c'est plus sur et le nom est reel et ne fera pas 'tiquer' ... dans notre cas. ... J'ai bien mal a la tete et au bras j'aurais grand besoin de tes soins et de ta conversation. Je ne vis ici qu'en etat d'isolement moral quasi-total ! ... Les jours passent lourds comme du plomb." - Le 26 aout 1945, il demande a son ami de supprimer son pseudonyme "Courtial" de leur correspondance : "Je m'appelle Lucette Almanzor". Tres virulent contre Gen Paul : "Il est dans la tradition des peintres ivrognes et maudits. Son reve d'ailleurs c'est que tout le monde creve sur la butte. Et qu'il demeure seul avec tout le vin et toutes les filles. C'est un monstrueux egoiste delirant et l'esprit du mal, c'est le diable.[...] Le Vigan etait aussi diabolique que lui mais il est deja lui au poteau. Quelle joie pour Gen Paul !". La lecture est son passe-temps : "Vive les vieux auteurs ils ont tout dit je me gave de la Revue des Deux Mondes vers 1890. Les sources de notre vilaine aventure sont la. Je pousse mon roman mais il me fait bien mal a la tete... Dans une autre vie je t'assure que je ne me devouerai plus pour personne. Je me ferai faire un passeport animal. J'irai a quatre pattes. Je renierai les hommes." - Le 30 aout 1945, il continue d'ecrire sous le nom de Lucette Almanzor et transforme son ecriture, message code certainement, annonce la mort de sa mere. Il aimerait voir et parler avec le Dr. Gentil. - Le 15 septembre, Celine et Lucette repondent collegialement a la premiere lettre de Gentil, qui est finalement arrivee. Ils ont encore l'angoisse d'etre decouverts, deguisent leurs ecritures et usent de nouveaux pseudonymes : Celine est Lucie, et Lucette devient Georgette... "Vous pensez si votre lettre a ete fetee par nous deux ! Ma fille Georgette que vous connaissez etait aux anges...C'est bien la premiere lettre nous donnant vraiment des nouvelles que nous recevons depuis le passage du cyclone sauf pour m'apprendre la fin de ma malheureuse mere... elle est morte je crois au fond de chagrin." Espere revoir le docteur, l'attend impatiemment, annonce que sa petite Georgette va donner des cours de castagnettes et fournit des indications tres personnelles sur leur hote : "M. Bartholin, [...] maitre de ballet il est a demi israelite, c'est un homme charmant. Vous savez que j'ai toujours vecu entoure d'Israelites. On me l'a assez reproche. Cette race est appelee a diriger le monde, son intelligence leur en donne les droits et je dis toujours a ma petite Georgette que rien ne vaut une amitie israelite. Elle s'en rend compte." Sa vision de l'homosexualite est tres ambigue : "M. Bartholin je dois cependant ajouter est nettement porte sur le sexe fort. Evidemment je n'ai plus l'age ni les pensees assez badine pour regretter quoi que ce soit". Il voudrait avoir des nouvelles de Jo Varenne (proprietaire du Moulin de la Galette). A mots deguises, il soumet au docteur son avis sur son etat judiciaire : "Je traine encore bien peniblement mon etat. Il me faudrait sans doute m'affirme-t-on ici une operation? (L'amnystie [son amnistie] l'appellent-ils a peu pres...). Qu'en pensez vous ? Mais c'est une operation grave et rarement tentee". - Toujours en signant du nom de son epouse, L. Almanzor, il s'inquiete au sujet de sa secretaire Marie Carnavaggia : "Si tu es assez gentil pour lui telephoner et la voir tu feras rapidement le diagnostic - Je ne voudrais pour rien au monde qu'il lui arrive une histoire je lui ai dit de ne plus m'ecrire avant un mois. Je ne lui ecrirai plus non plus." Je ne sais pas quel vent souffle ?" C'est une amie extremement precieuse infiniment devouee, trop devouee." A cette lettre, Celine joint une liste de clefs de lecture des noms employes dans sa lettre : "Pour l'intelligence de cette lettre : Henri c'est moi et Courtial, Montcalm = Bouvilliers un ami acteur qui vient de perdre un enfant, le mecene = Bignou marchand de tableau"... Ses commentaires sur Marie Carnavaggia deviennent crus, voire cruels : elle "est admirable mais imbaisable tu t'en rendras compte - Donc platonique et hysterique- et Corse. Jalouse de Lucette a en crever etc.". - Longue lettre du 7 oct. 1945. Celine vient d'etre reconnu dans la rue par une femme mariee a un francais. : "Une connasse... Qui venait voir ses parents ! Pepin bien sur elle a ecrit a Paris qu'elle m'avait rencontre ! Et hier Radio Brazzaville annoncait brutalement d'ailleurs 'L'ecrivain francais pro allemand X qui s'etait refugie a Lisbonne est a present a Copenhague', c'est tout mais cela suffit..." Il a des regrets au sujet de sa mere : "J'ai bien du remords de n'avoir pu m'occuper d'avantage de la pauvre femme. J'ai ete dur avec elle et je l'aimais bien au fond. Mais j'ai eu moi-meme une vie si brutale et si pourchassee que je me suis durci fatalement a un degre desastreux - mais j'ai herite des bretons une nostalgie des cimetieres qui ne me lache plus." Sur son sejour a Sigmaringen et ses compagnons forces : "Je n'ai trouve la-bas dans le groupe que trois veritable patriotes Laval que je n'aime pas, le Dr. Jacquot et moi-meme - patriotes absolus deroulediens fourvoyes-trompes." Il termine en evoquant la politique francaise vue de Copenhague : "D'ici 10 ans il n'y aura pas un juif qui n'ait ete a Buchenwald et devore quarante et une fois vif par les chiens nazis. Pas Blum toujours ! Ni Daladier ni Raynaud ! Ils ont ete traites cent mille fois mieux que nous par les Niebelung ! Ni Henriot le gros laid ! On ne sait de quel cote degueuler davantage." Severe sur Elsa Triolet : "Encore une mievre petite conne ! Quel salsifis son jus pas plus que son mari Aragon ! Cette Elsa Triolet qui est russe avait traduit pour les soviets mon Voyage qu'elle avait d'ailleurs amplement truque, falsifie, etc..." - L.A., apres le 15 oct. 1945 execution de Pierre Laval], manque le premier feuillet. Sur l'execution de Pierre Laval et ses souvenirs du gouvernement en exil a Sigmaringen, il l'excuse et lui donne une place de martyr : "pense que je l'ai vu de tres pres je l'ai soigne, [...] Il etait pacifique tres pacifique, il detestait la violence et les guerres. Il etait patriote, tres patriote a sa facon bigote, pas raciste, bien sur mais nationaliste. Il aimait la France tres profondement, ce qui n'etait pas du tout la regle parmi ses ministres. Certainement qu'il a lutte tant qu'il a pu et avec succes contre les allemands. [...] Aucun doute c'est donc bien un martyr. Il faut etre tombe bien bas dans la betise et la haine pour le fusiller". - Vers novembre 1945. Importante lettre de 7 p., en-tete ms. de Lucette Almanzor. Rapporte ce qu'il a endure a Neurupin, puis a Sigmaringen, sa non-implication : "moi j'ai pratique la medecine uniquement la medecine et le defaitisme. Le malheureux Le Vigan a gueule au micro ! Il est tombe dans le piege. [...] J'avais l'alibi medical. Lui il n'avait plus que l'usine ! Soumis et leche cul et serviable - Il a eu un peu a bouffer [plus] que nous Lucette et le chat et nous avons continue a crever stoiquement de faim a cote des ministres qui bouffaient eux 4 rations par jour. On nous a loge pire que des porcs et quel travail de jour et de nuit ! Sans medicaments sans lumiere ! Un martyr ! Et bombardes ! Et menaces ! Et espionnes ! [...] Je me sens encore l'ame beaucoup plus souffrante et mal foutue que mon portrait. Et les fumiers qui me salissent. [...] Je n'aime pas l'Allemagne et les allemands. Mes gouts vont vers l'Angleterre et les Ameriques ou j'ai passe ma jeunesse. [...] Mais je me suis sacrifie pour que les boucheries finissent ! merde qu'elle reussite ! C'est moi que l'on tient a eventrer ! Qu'ils crevent desormais tous [...] Le cynisme seul est intelligent. [...] Lorsque les Fritz etaient au sommet de leur courbe, avant Stalingrad, que l'on les croyait gagnants. [...] et que j'aurais eu 100000 raisons de profiter des circonstances je leur ai chie dans les doigts, je les ai traite aussi insolemment que possible. Je n'aime pas les vainqueurs." - Le 23 oct. /1945, a la demande de Gentil, il doit calmer ses elans, mais est plus que jamais nihiliste : "Bien entendu je me conforme a tes ordonnances - Je ne parlerai plus que de poesie - [...] d'ailleurs autre atmosphere autre climat - je n'interesse personne ici... ils se foutent pas mal d'un scribouilleur etranger - Ils ont d'autres chats ! Dans l'exil d'ailleurs tout se delave, fane, nettoye, s'evapore s'il n'y a pas un perpetuel tisonage de l'hysterie il n'y a plus grand-chose il n'y a plus rien... tout le monde au fond se fout de tout." - Le 28 oct. 1945, Celine envoie une coupure de presse, annotee et legendee, a propos de l'ambiance au Danemark tellement plus degagee que l'hypocrisie francaise : "Il n' y a plus de censure ici - Tu peux le voir par la coupure que je t'envoie a propos d'une visite des maquisards Danois a Stockholm parue dans "Politiken" le plus grand journal Danois -" "Les Liberateurs Danois a Stockholm / Que l'on se dirait aux bons vieux jours de la Gestapo !" - Tres importante et longue lettre courant novembre 1945, 8 p. ecriture tres serree, couvrant toute la page. Tres virulent sur l'etat politique et social desastreux de la France, il est sans cesse dans la reference historique, l'exclamation. Approximatif dans les chiffres, du plus pur style celinien : "Tu me depeints admirablement une atmosphere de haine et d'hysterie politique dont la France est toujours chroniquement malade avec acces de haute fievre cyclique - St Barthelemy-91-71 etc... Il faut avoir ete a Buchenwald pour etre vraiment francais respectable - les 100 000 morts de cette guerre [!?] Font infiniment plus de tapage que les 2 millions de l'autre - Le cinema et la radio sont passes par la. - Je crois que ceux qui ont joue Buchenwald ! sont aussi idiots que ceux qui ont joues collabo. Ils auraient tires de toutes les manieres les marrons du feu pour les trusts etrangers. La France n'a rien a voir dans cette histoire. Cocus partout - En haut les hysteriques megalomanes en bas ces moutons furieux- tu as raisons je me ronge aussi de nostalgie pour des prunes. [...] Les miens sont en ce moment trop mechants - ils faut qu'ils se bouffent. [...] Les traitres sont tout de memes trop rares pour eponger toutes cette colere..." Il a tres froid, mais ecrit son roman (Feerie...). Bartholin est malade : il "a fait soudainement la syphilis du tertiaire plein le visage et le corps - il est affreux - il ne s'en doutait pas - il a du se faire enculer par un vilain matelot- le chancre rectal est passe inapercu - La verole et la gono font d'ailleurs de forts ravages dans ce pays autrefois indemne" Prophetise la mort violente de Denoel, qui sera effectivement assassine le 2 decembre 45 : "Mon editeur Denoel est en passe d'emmerdements. J'ai grand peur qu'on l'epure pour finir". Revient sur Buchenwald, avec une vision tres personnelle : "La veritable histoire de Buchenwald doit etre curieuse a connaitre. Je suis persuade qu'au fond de ces horreurs certains detenus ont connu une relative bonne vie, et certains ont fait fortune au marche noir [...] Il y a toujours quelque chose de plus abject de plus fumier que les pires bagnes que les pires institutions - c'est l'homme - il n'est jamais surpasse. ... L'humanite se debat dans le grotesque et le massacre et la pourriture - ce sont des bouffons de charnier. Pauvres moteurs a merde leur sort est merdeux comme le reste". Veut savoir a quel prix sont vendu ses livres sur les quais, le Voyage. "Il faut etre anti-allemand, 'philosemite' et republicain. Ou cesser d'etre francais... Moi qui etait si bien anarchiste qu'ai-je ete me foutre sous un pavillon de connards! Et perdants en plus ! Et cocus ! Hais ! Honnis ! Massacres !" Le Dr. Gentil s'inquiete de leur situation pecuniaire : "Nous pouvons toujours tres bien tenir quatre et cinq ans - [...] d'ici la je bouffe les benefices du Voyage [au bout de la nuit] Le grand succes de l'epoque. Il m'a valu tant de prunes qu'il peut bien a present me sauver la mise." - Celine fete l'amnistie du 11 novembre : "Voici un anniversaire charmant. A quoi bon s'etre donne tant de mal dans la premiere pour finir si pitoyablement ? Quelle duperie de la terre au ciel ! Je degueule ma vie quand j'y pense, je me degueule de connerie credule de devouement perdu! Je suis le monument de ce qu'il ne faut pas faire. "le Con". Se plaint de sa situation d'exile sans espoir de retour : "C'est la plus cruelle des conditions lorsqu'a 52 ans infirme ton sort t'est arrache sans perspective d'en retrouver jamais un autre. Car enfin je n'ai guere d'espoir d'etre jamais accueilli nulle part de mon vivant - l'Aryen errant connait un sort bien plus infect que le juif errant - les amis de l'Aryen sont faibles et rarissimes les amis des juifs sont puissants et innombrables - [...] Si l'aryen marque se fait connaitre tous les chiens sont laches-Point de merci pour lui - Sa peine n'existe pas - je n'ai jamais si bien senti la fletrissure qu'ici dans mes conditions - elle est implacable." - Lettre percutante (s.d., apres 1945 ?), titree "Quelques verites". Litanie virulente et implacable, sur sa vision de l'occupation, et sur sa defense : "J'etais deteste par Vichy - Mes livres y etaient interdits- Les Beaux Draps saisis par la Police (Bousquet) J'etais deteste par les Abetz. Je n'ai jamais ete ni recu ni invite a l'Ambassade (Je n'y aurais pas ete). J'etais deteste par Berlin. Tous mes livres furent interdits en Allemagne du jour de l'entree d'Hitler (y compris les antisemites) ... Je n'ai jamais pu savoir en quoi j'etais collaborateur. ... Je n'ai rien gagne avec les allemands j'ai tout perdu. Toute ma vie a ete un cauchemar ... Je peux en degueuler moi dans le Rhin. J'ai de quoi le faire deborder ! ... Il s'agit surtout de me faire crever pour le Voyage au bout de la nuit, qui m'a valu des jalousies inexpiables. Bien sur j'ai donne les pretextes les alibis ! J'ai tout fait pour mes ennemis ! Je me suis offert. Quel con !" - Le 27 juillet 48, Korsor. Chez Mikkelsen. Recoit la premiere lettre de Gentil depuis pres de 2 ans et demi, est tres malheureux de ses trop longs silences : "Quel chagrin tu nous as fait en ne nous ecrivant plus - nous qui t'aimions tant et n'avons point cesser de t'aimer - Je sais bien les circonstances...mais tu n'as plus rien a craindre du tout. Mon courrier n'est ni ouvert ni surveille- je suis presume libre sur parole - [...] tu peux ecrire en toute tranquillite". L'invite chaleureusement maintenant qu'il mange a sa faim et qu'il se sent libre : "Il faudrait que tu amenes - 1 paire de draps 1 oreiller - du sucre et du cafe- Le reste ca va !" - Le 4 aout 48, Korsor. Tres longue lettre sur sa misere physique : "je ne voyais plus clair, j'avais perdu 48 kilos. Je n'en suis pas tout a fait sorti. Je suis encore pourri de rhumatismes. Je suis reste 6 mois a l'hopital- Et puis on m'a remis en prison- et puis je suis tombe a en crever etc... et j'ai acquis ce que je n'avais jamais connu une de ces haines pour la horde humaine. Moi qui ne leur ai jamais voulu de mal que du bien !" Parle en bien du livre de Marcel Ayme Uranus, lui demande de ne pas s'inquieter pour leur correspondance : "ni de Judex, ni de Fantomas dans les environs. Je n'interesse personne et on se fout enormement des folies francaises pures cornichoneries d'hysteriques, miteux pour ces gens prosaiques materialistes americanophiles..." - L.T., 27 sept. 1945, demande de reforme N. 1 avec pension. Env. adressee au Dr. Gentil le 25 8 48. - Plusieurs lettres non datees. On apprend que Celine conduisait une moto et qu'il commandait lui-meme a un fermier ses peaux de moutons : "Je voulais avoir trois peaux de moutons a poils tres longs, bruts, comme ceux du manteau de ma femme." / - Lettre importante ecrite par Lucette qui nous donne toutes les mensurations de Celine et Lucette afin de confectionner leur vetement sur mesure. / - Lettre signe L.F., suite de la precedente. Celine se met d'accord sur le tissus, la couleur, le jour de livraisons, et l'invite a dormir chez eux. / - Portrait photographique d'epoque de Celine en 1944 [8,8 cm x 5,8 cm], annotee par Celine au verso : "Chez les Nibelungen police" (repr. dans Fr. Gibault, "Celine 1944-1961", Mercure de France, 1985, p. 16, avec legende de Celine : "Photo prise par la Police allemande de Neurupin Prusse pendant notre internement au bureau de Kratzlin 1943"). Document de la plus grande rarete. Nous remercions Monsieur Eric Mazet, co-auteur avec Gael Richard et Jean-Paul Louis du "Dictionnaire de la correspondance Celine" a paraitre, de nous avons donne des details biographiques sur Alexandre Gentil.
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